Dieu a sagement agi
en plaçant la naissance avant la mort ; sans cela, que saurait-on de la vie ?
Cher amis
blogueurs, politiciens, ménestrels, apothicaires, gondoliers, traders, garagistes et oiseleurs,au cas malheureux où cet événement exceptionnel ne serait pas encore enluminé en lettres d'or dans votre agenda, je prends la liberté de vous rappeler la tenue d'un concert de haute tenue, l'irruption d'un événement éruptif, l'imminence immanente d'un moment transcendant, etc etc...
Mais c'est qui ? C'est Charlène Duval, qui pour vous a fait faire (entre autres) de magnifiques escarpins turquoises munis de vertigineux talons - je les ai vus, de mes yeux vus - et mis en scène de nouvelles chansons encore plus foutraques que les précédentes.
Mais c'est où ? Au Trianon, 80, bdv de Rochechouart, Paris XVIIIe, métro Anvers.
Mais c'est quand ? Samedi prochain (1er mars 2008) à 20h30.
Mais pourquoi ? Allez sur http://charleneduval.free.fr/
Vous pouvez sans risque pour la santé y emmener vos moitiés, demis, tiers et autres "targets" ou "special someone" (je n'ai oublié personne ?)
Les places (25 euros) peuvent être réservées à la Fnac ou chez vos dealers de places de concerts habituels.
Grâce à un projet européen dans lequel je trempe plus ou moins, me voilà au pays d'Hamlet. Le
week-end dernier j'étais à Londres. Il n'y a pas de doute : Copenhague est mieux que Londres. Si vous n'avez jamais vu quelque chose de très vilain, allez contempler les remous sales de
la Tamise au mois de janvier quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle au dessus des immeubles victoriens gris souris. Vous comprendrez pourquoi Elisabeth II teint elle
même tous ses vêtements à la bombe rose ou jaune fluo.
Le premier contact avec la réalité danoise a été le buffet - buffet servi le premier jour du meeting auquel j'apportais ma modeste contribution. Le buffet voyait se cotoyer des sauces et des
gelées assez surprenantes, ainsi qu'une sorte de purée de tartare d'oreille de cochon à la crème double (je ne jurerais pas que c'était ça, mais la couleur et la consistance inspiraient
immanquablement ce titre). Une gelée verte que je pris d'abord pour du sperme de reinette se révéla être de la jelly à la menthe, en accompagnment de poitrine fumée au persil. Surprenant. Bref,
une fois qu'on a compris que le Danemark n'était pas un lieu d'extase culinaire permanente, on peut en profiter pleinement.
Les immeubles sont très beaux. Il y a des boutiques design partout. Je comprends mieux pourquoi le style scandinave fait des émules partout. la lumière étant rare là bas, ils n'ont pas pris la
mauvaise habitude de surcharger leurs intérieurs de trucs laids et/ou inutiles. Le vélo est roi, et comme tout est bâti à environ 30 cm au dessus du niveau de la mer, c'est tout plat.
Idéal pour un grand sportif comme moi. Sinon il pleut et il y a du vent, mais comme j'avais un anorak de ski, un bonnet, une écharpe et des gants tout s'est bien passé. Le Musée
National est super génial. Il y a des strings d'esquimaux en fourrure de renard polaire, ça fait vraiment envie.
La petite sirène est jolie et affreusement mélancolique, sur fond de lointains entrepôts.
La relève de la
garde, à 12h devant le Palais Royal d'Amalienborg, est un grand moment. Des colonels hurlent des tas de choses en danois. Il y a une harmonie (cuivres, vents, percussions) d'un niveau
musical époustoufflant (les unissons sont impeccables malgré la présence simultanée de cors, de flûtes et de clarinettes). En dépit de leurs hauts bonnets en peaux d'ours, les
musiciens agrémentent les manoeuvres de musiques super marrantes, à mi chemin entre le classique et le cirque. Le glockenspiel et le triangle donnet à tout ça un brillant
incomparable et tout le monde a les larmes aux yeux pendant l'hymne national, même les policiers qui encadrent la foule (véridique !).
Enfin la conversion euro / couronne danoise n'est pas intuitive, et en plus c'est les soldes. J'acheté plein de trucs sans regarder les prix. On verra bien ce qui sera débité... En attendant
je vais aller me boire quelques Karsberg.
Il fait 5°, et nuit depuis 16h30.
Je le dis d'emblée : n'allez voir La graine et le mulet que si vous venez d'avaler une boîte d'anxiolitique et des cachets contre le mal de mer. N'ayant malheureusement pas pris ces sages précautions, je suis sorti de ce film à la fois exaspéré par un réalisme souvent vulgaire et rarement constructif, et l'estomac tout chaviré par le jeu de la caméra qui semble portée par un hyperactif souffrant d'Alzeimer, technique permettant de passer rapidement et indifféremment d'une dimension à l'autre de l'espace, en passant par un gros plan sur des dents pleines de couscous. Oui, je suis pour que le cinéma tourne souvent le dos à un style trop lisse. Oui, l'art doit aborder la vie dans ce qu'elle a de moins idéalisé. Oui, la vie des immigrés sur un port a sa richesse et sa poésie. Oui oui oui, mais là, non. Là, je dis non. Même les épaisses couches de bien-pensance téléramesque qui jonchent encore mon jugement esthétique n'y peuvent rien : ce film m'est insupportable.
It's a free world de Ken Loach, à même niveau de gauchisme assumé, tire cent fois mieux son épingle du jeu. Ken Loach ne considère pas que réaliser un story-board intelligent avant de tourner un film porte atteinte au message qu'il veut faire passer. Aussi son message passe bien. C'est fort, concis, efficace, juste ce qu'il faut. Ce ne sont pas des arrières gorges pleine de couscous que Ken Loach nous montre, mais les bas-fonds de la jungle économique. Angie est magnifiquement jouée, tour à tour victime et proxénète. La scène ou elle s'affranchit définitivement de toute morale est mémorable.
Enfin La visite de la fanfare atteint à ce que je préfère dans l'art : la poésie. Un petit orchestre égyptien un peu paumé échoue par erreur dans une ville israélienne perdue dans les sables, sorte de Désert des Tartares du XXIe siècle. Il y a là l'impalpable de Lost in translation, les touffeurs de l'orient, des visages magnifiques, la vie qui palpite sous les notes et surtout le silence : car malgré le titre la musique n'est pas au premier plan. Plutôt l'atmosphère, les regards. Le silence. Le réalisateur a réussi a filmer l'inneffable. Poésie et enchantement ! Et on ne s'ennuie jamais. Et c'est souvent très, très drôle. Et c'est beau. Et...
L'an dernier je n'avais pas été très sage à la messe de minuit. Cette année je me suis racheté une conduite en m'installant avec ma famille sur un banc tout au fond de l'église.
C'était la messe de minuit de 19h30, destinée aux familles avec des jeunes enfants, ce qui n'empêche pas des tas de gens de s'y rendre même sans jeunes enfants, pour des raisons bassement
matérielles d'huîtres à gober et de cadeaux à ouvrir.
La messe des enfants présente toujours des aménagements un peu particuliers. Certes, l'Evangile de Noël y est toujours conservé. En revanche, au lieu des lectures de l'Ancien
Testament, du psaume et d'une probable lettre de Saint Paul Apôtre, nous avons eu droit cette année à un petit conte. Celui-ci nous détaillait l'histoire - ça ne s'invente pas
- de Zéphyr le Petit Mouton.
Zéphyr est un petit mouton qui
aime à gambader dans les vertes prairies avec ses amis moutons. (Tout ça est mimé par les enfants du catéchisme déguisés en moutons.) Zéphyr voit un vol de charmants papillons
argentés et les suit. (A cet instant d'autres enfants promènent des papillons en papier d'alu dans l'église.) Puis Zéphyr voit des fleurs chatoyantes. Puis de jolis arbres.
C'est exquis, n'est-ce pas ? Après diverses péripéties aussi palpitantes que celles-là, Zéphyr le Petit Mouton voit... voit... allez devinez, c'est facile. Il voit une
tortue Ninja ? Un troupeau de Pokémon ? Harry Potter ? Que nenni ! Il voit... Il voit une grande lumière, et une crèche et - alors là, il fallait y penser - il voit le petit Jésus, entre le
boeuf et l'âne. Comme Zéphyr est en possession d'un doctorat de théologie du séminaire pontifical de Rome (du moins est-ce ce que j'ai déduit, vu la sagacité de sa réaction) il comprend
instantanément qu'un Sauveur nous est né. Puis il s'agenouille au milieu des anges, des boeufs, des ânes, des fleurs et des papillons. A son image, nous sommes invités à nous
abimer dans la pure contemplation de ces mystères sacrés.
Du côté musical, mon petit village n'a pas les moyens de se payer J.S. Bach à l'orgue. L'organiste titulaire est un vieux monsieur qui a l'art de transformer n'importe quelle partition en
paraphrase sauvage du Sacre du Printemps. La dame animant les chants a une vision identique de l'interprétation d'un cantique. Chante-t-elle faux ? Ce serait manquer à la charité
que de l'affirmer. Son vibrato explore un ambitus assez large pour inclure la note juste - certes entourée d'un halo impressionniste de sons évoquant, avec un réalisme rare, la
chouette hulotte en période d'accouplement.
Je rassure mes lecteurs communistes, athées ou zoroastristes : coiffée de pareilles couronnes d'épines musicales, il y a peu de chance que la religion devienne l'opium du peuple du
XXIe siècle. Quand à Zéphyr le Petit Mouton, il révèle clairement les connections secrètes existant entre Jésus et le marché mondial du LSD.
Joyeux Noël quand même !
Probablement non.
Et tant mieux, car la nouvelle mise en scène de Morts sans sépulture, de Jean-Paul Sartre, condense au maximum l'action dramatique de cette pièce et se libère avec brio de ce tropisme didactique qui est l'écueil du théâtre sartrien. Décor réduit, éclairages au scalpel, acteurs vibrants, mise en scène efficace : le message passe instantannément, viscéralement. L'oeuvre est servie au mieux par une troupe d'amateurs qui mériteraient largement une place au off d'Avignon.
Au cas malheureux où vous ne sauriez pas de quoi parle Morts sans sépulture, en voici un bref résumé. Imaginez une pièce de Feydeau, drôle à souhait. Enlevez ensuite tous les ressorts comiques, les cocottes, les valets indiscrets, les amants dans le placard, les maris trompés, les quiproquos et enfin le décor bourgeois. A ce stade, et si vous avez respecté ma recette, il ne reste normalement que la scène vide éclairée au néon, et les acteurs. Transposez l'action dans les bureaux de la milice, dans le Vercors, pendant la dernière guerre. Cinq résistants et leur chef. Parler, ou pas : telle est la question. Chacun répond à sa manière, avec son corps, avec ses convictions, avec ses doutes et surtout : comme il peut. Cinq hommes et une femme, Lucie, poignante.
Plusieurs idées sont excellentes. Par exemple faire jouer le rôle de François, l'adolescent, par une jeune femme. La fragilité de l'adolescent en est exaltée, magnifiée. Le cri strident de François, qui ouvre la pièce, strie le silence comme un éclair déchirerait un ciel de plomb. Les scènes de torture sont rendues avec une puissance époustoufflante, par le seul effet de la parole et de l'éclairage, car les bourreaux sont toujours absents. Ils ne sont que des voix, des bruits, et cette polka lointaine, tragique par sa frivolité hors de propos.
On ressort bouleversé par cette heure de théâtre pur.


C'est au Théâtre Pixel, dans le 18ème.
samedi 15 décembre, 21h
dimanche 16 décembre, 17h30
vendredi 21 décembre, 21h
samedi 22 décembre, 21h
Informations et réservations sur : http://eclair.cie.free.fr/
Le Blog de Pierre