Dieu a sagement agi en plaçant la naissance avant la mort ; sans cela, que saurait-on de la vie ?

Alphonse Allais

Vous ne pouvez pas toucher à mon cerveau, c'est mon deuxième organe préféré !
Woody Allen

 

Jeudi 15 novembre 2007
En ces temps de grève et de froid, une bonne histoire pour se remonter le moral :

C'est en hiver. Il est seul chez lui, dans la campagne du nivernais. Là-bas, tout est terne, gris-ocre, même en été. En hiver c'est simplement gris. Il n'a pas de famille. Sa vie se résumait jusque-là à la télé, aux courses au Super-U le plus proche, à son chat. Mais son chat a disparu depuis trois jours. Sa télé ne marche presque plus. Seule Arte fonctionne, et encore ça grésille. Faire les courses ? Avec la neige, c'est trop difficile. Ce n'est pas une de ces neiges étincelantes qui transcendent le plus laid des paysages. C'est un immense manteau de clochard, gris, sale, une neige à moitié fondue et regelée, et qui semble avoir absorbé tout ce qu'il y avait de dépressif à la surface de ce département en déclin. Pas de courses récentes, donc. Ce sont des conserves. Il mange une boîte de cassoulet froid, dans sa boîte. Le néon de la cuisine crachotte une lumière de bloc opératoire. A la télé, un débat oppose François Fillon et Benoît XVI sur le thème rebattu de la mort et de la responsabilité dans les pièces tardives d'Ibsen. Demain sera comme aujourd'hui. A la télé, on parle ensuite de grèves. En dessert, il s'offre un boudoir périmé trempé dans un café lyophilisé de mauvaise qualité. Il est dix heures. Il fait nuit depuis cinq heures. Il va se coucher dans sa chambre glaciale - le fioul a tellement augmenté. Il dort d'un sommeil sans rêve.
par Pierre H publié dans : Ecrire
Mercredi 24 octobre 2007
Je voudrais vous parler d'un livre absolument jouissif sur la variété française. Ce pamphlet-roman de Laurent Laurent s'appelle Tombeau de la variété française et vient de paraître aux éditions Philippe Rey.

Bien sûr la variété française n'est pas enterrée comme ça, d'un coup ! Elle subit d'abord une longue et drôlatique dissection in vivo. De Johnny Halliday à Vincent Delerm en passant par Dalida, tout y passe... C'est à hurler de bonheur. Et tout ça est enlevé dans un style flamboyant, ce qui ne gache rien.

Un premier extrait :

cfrancois9.jpgAlexandrie Alexandra est sans nul doute une des chansons les plus stupides de tous les temps. Le titre : on envisagera, de même, Martini, Martina (en Suisse), Capri Capra (chèvre ?) et Paris Para (en référence à l'OAS et ses parachutistes, attendus au tournant dans la capitale en 1961 par Michel Debré). Enfin Rosny Rona, de Rosny-sous-Bois - je pense que Rona doit être un prénom féminin en Ontario - autant de concepts qui devraient bientôt convaincre les labels.

Chaque élément d'Alexandrie Alexandra semble procéder d'un projet d'ensemble savant, organisé par une équipe qui rassemble les meilleurs pour ce genre d'abêtissement. C'est un bijou qu'il convient de saluer avec précision. [...] Il n'est pas possible de citer quelque parole particulièrement plus imbécile que les autres. C'est un travail cohérent d'Etienne Roda-Gil, l'anarchiste catalan, et très compact à ce niveau. "Ah ahhhhh !" ou "Rahaaa ah" (selon les versions). [...] Une évidence éclate tout à coup dans le firmament. Alexandrie Alexandra se trouve très bien équilibré dans l'éloignement à toute qualité.

Et le reste est à l'avenant... constant dans la qualité et l'hilaritude.

Vincent Delerm, lui, n'a qu'à bien se tenir :

Concernant Vincent Delerm, peut-on chanter en ayant des renvois ? C'est ce qu'il nous démontre, grâce à un défaut de manducation qui engendre un effet de chandelles ascendantes (portamento) sur chaque note. Nous n'en sommes plus aux simples mâchouillements parisiens des syllabes que Jacques Higelin avait mis à la mode [...] Chez Vincent Delerm, nous avons un simple problème psychomoteur du maxilaire inférieur, un post-adolesent bouche molle. Voilà pour l'interprétation.

Il faut aussi une idée de paroles pour faire une chanson. Je l'avoue, Vincent Delerm arrive à bien nous décrire son monde. Mais c'est son monde, le problème. La vampirisation de toutes les valeurs bien-pensantes. Rien ne semble venir de l'auteur mais du ce-qu'il faut en penser dans sa catégorie socio-culturelle. Tout nous tombe sur les genoux.

Le seul apport original est l'effet "saut du lit", qui imprime à la coiffure la trace durable de l'oreiller avec la barbe naissante. Tout est là. Un concept majeur qui a bouleversé le monde de l'art de 2000 à 2005. [...]

Avec Vincent Delerm, nous nous retrouvons toujours un peu dans le bocage, un brin goguenard : peut-on chanter les bananes des étals des primeurs ? "Elles étaient là et, wouah, j'en ai mangé une, en 1973, je crooois."

J'ai des crampes aux abdos en recopiant cela (ça tombe bien, ils en ont besoin !).

Le roman se termine délicieusement par un "supplément" tragicomique se passant dans le restaurant "La Belle France", quatorzième au classement "Sympa'toques" en Basse-Savoie.
par Pierre H publié dans : Ecrire
Lundi 15 octobre 2007
Voici un fleuron de la pensée intellectuelle post-moderne  et pseudo-scientifique des années 70 en France. Le passage a trait au langage poétique, que Julia Kristeva(1) appelle "lp" et dont elle assure avec aplomb qu'il s'agit d'un système formel relevant de la théorie des ensembles :

Le lp ne peut être, par conséquent, un sous-code. Il est le code infini ordonné, un système complémentaire de codes dont on peut isoler (par abstraction opératoire et en guise de démonstration d'un théorème) un langage usuel, un métalangage scientifique et tous les théorèmes artificiels de signes - qui, tous, ne sont que des sous-ensembles de cet infini, extériorisant les règles de son ordre sur un espace restreint (leur puissance est moindre par rapport à celle du lp qui leur est surjecté).

"Ce paragraphe ne veut strictement rien dire, ce qui lui évite d'être erroné", fait justement remarquer Michel de Pracontal, auteur du livre(2) où j'ai trouvé cette perle.

Alors, armés pour écrire de la poésie ?


(1) Julia Kristeva : Recherches pour une sémanalyse, Seuil, 1969 et 1978.
(2) Michel de Pracontal : L'imposture scientifique en 10 leçons, Seuil, 2005 (Celui-là vous pouvez l'acheter, il est génial.. et d'ailleurs, Vincent, je dois te le rendre. Je n'ai qu'un an de retard... mais je l'ai lu trois fois !)
par Pierre H publié dans : Ecrire
Mercredi 3 octobre 2007
Yarglaaaaaaaaaaaaaaaaaaa

Ce billet est le 100e publié sur ce blog. C'est fou non ? Bon, il y en a de meilleurs que d'autres. Celui-ci est nul, par exemple. J'avoue que je cède parfois à la paresse : notamment j'ai souvent la flemme de chercher des images marrantes sur le web, alors je me résous à écrire un billet sur le monde de l'édition (voire de la non-édition) ou sur les bonnes manières. D'autres fois, c'est la panne complète d'inspiration. D'autres fois encore ce sont de longues vacances que je prends, sans même en référer à mes chefs.

Vous n'imaginez pas à quel point mes lecteurs sont variés autant que prestigieux.
  • - Le grand rabbin de Kuala-Lumpur recopie directement mes articles pour ses speechs de barmitzvas.
  • - Paris Hilton s'inspire de mon blog pour écrire sa nouvelle monographie Solipsisme et anacoluthe : un enjeu anaphorique pour le XXIe siècle.
  • - Benoît XVI vient y mater tous les soirs la photo de Paris Hilton en train de manger une glace.
  • - Vincent Roxane Olivier STV Le Loup Lewis Caëlle Benoît Olivier Emmanuelle Catherine Marie-Pierre Cerise Oncle Ben Françoise Myrtille Olivier Max Arsène Hector Mélusine et tous les autres dont je ne cite pas les noms mais que je remercie de tout coeur.

Mais comment les gens atterrissent-ils sur mon blog (à l'exception bien sûr de ceux que je menace de mort s'ils n'en font pas leur page d'accueil) ?
Sans rire, les requêtes Google qui amènent chez moi sont, par ordre de popularité : (là, c'est véridique !!!!!) :

avoir des genes alsaciens  (ce doit être à cause de cet article)
fou de talons aiguilles (Arghhh je n'en ai jamais mis, mais pourquoi pas ? mieux vaut tard que jamais)
lettres refus éditeur  
pub bhv david michael ange    
mes voisines
lettre de refus des éditeurs    
bhv homme    
club beach
le-blog-de-pierre    
%orgie%over-blog       (Bien vu !)    
comen comencer un recit?    (Apprendre l'orthographe serait un bon début)
charles dantzig est-il un con(Qui est Charles Dantzig ?) 
lettre à  un éditeur pour éditer une lettre... (ouh là là c'est compliqué)
walkyrie diana    (Il existe en France de wagnériens qui lisent Gala)
chats de marie-antoinette    


Bon c'est pas tout, mais là je dois aller m'occuper de mes chats de Marie-Antoinette en portant des talons achetés au BHV homme en chantant la Walkyrie et avant une orgie de lettres de refus d'éditeur. Je ne suis pas encore couché !

par Pierre H publié dans : Ecrire
Mardi 25 septembre 2007
Un jour un grand serpent, trouvant un cor de chasse,
Pénétra dans le pavillon ;
Et comme il n’avait pas beaucoup de place,
Dans l’ensemble le reptile se tasse.
Mais, terrible punition !
Quand il voulut revoir le grand air et l’espace,
Et la vierge forêt au magique décor,
Il eut beau tenter maint effort,
Il ne pouvait sortir du cor,
Le pauvre boa constrictor ;
Et, pâle, il attendit la mort.

Moralité :

Dieu comme le boa est triste au fond du cor !


Maurice Donnay, Le Chat Noir, 11 juillet 1891




Si vous ne comprenez pas, relisez les poésies complètes de Lamartine... en plus c'est la saison !
par Pierre H publié dans : Ecrire
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