Dieu a sagement agi
en plaçant la naissance avant la mort ; sans cela, que saurait-on de la vie ?
Dieu a sagement agi
en plaçant la naissance avant la mort ; sans cela, que saurait-on de la vie ?
Résumé de l'épisode précédent : ce blog est n'importe naouak.
Le soleil descendait lentement sur la ligne d'horizon, et chacun à Macumba Beach Club Resort se demandait, de l'azur du ciel ou de l'outremer profond de l'océan, qui buvait l'or déversé par l'astre du jour.
Un orchestre de bossa-nova lançait dans l'air du soir sa musique volupteuse. Les accords de neuvième du piano s'élevaient comme des bulles irisées qui faisaient s'incliner les sens vers la volupté, et l'âme vers les étoiles naissantes.
- Tu sais, Samantha, dit Brandon en tournant légèrement la tête pour que son profil se détache sur le sable des dunes, je veux te dire quelque chose. Je n'ai pas osé jusqu'à maintenant, car j'avais peur du regard de Brenda depuis que Ken lui avait dit qu'elle avait rompu avec Katy. Et puis, tu sais bien que mes rélations avec Kevin ne sont pas simples depuis ce qui s'est passé avec Lara...
- Oui, Brandon, je sais que c'est difficile, mais je sais aussi que tu es courageux, qu'il y a en toi une force, et une fragilité aussi... Mais ta fragilité n'est-elle pas une force ?
- Oui, je crois...
Après avoir dit cela, Brandon jeta vers l'horizon un regard mélancolique.
"C'est vrai qu'il est vraiment beau dans sa vulnérabilité", pensa Samantha, "et qu'est ce qu'il a de gros pectoraux..."
Elle se mit à sourire légèrement. Un souffle de vent souleva un pan de sa tunique, dévoilant son corps de rêve. Les cocotiers se balançaient doucement dans la brise ; le dernier rayon du soleil se réfléchit sur une planche de surfeur et vint faire scintiller la dentition parfaitement blanche de Samantha, qui dit alors :
- Tu sais Brandon, il y a des choses que je peux entendre... Ce n'est pas parce que Lavinia a dit à Kent que Flo ne l'aimait plus que tu dois croire que Lee n'éprouve plus rien pour Kenza, bien au contraire.
- Tu me rassures... Vois-tu, Samantha, je me sens vraiment en confiance avec toi. Je sens que je peux parler. C'est fou, c'est comme si un grand vent de liberté traverserait mon coeur et le ferait renaître pur et vierge.
- C'est beau ce que tu dis, Brandon.
Brandon respira longuement ; il fixa Samantha ; le bleu de ses yeux devenait profond comme la mer.
- Voilà, ça y est, je peux te le dire. Je ne crois pas au second principe de la thermodynamique, et ces dialogues sont à chier, on dirait que c'est Pierre H qui les a écrits.
- Oh, Brandon, mais que vont penser Gloria et Stefen ? Et Priscilla, ne va-t-elle pas vouloir s'infiltrer dans la relation entre Angelina et Joe ?
(vous le saurez peut-être au prochain épisode)
Si vous n'avez pas lu le premier et passionnant épisode de la vie trépanante de Brandon et Samantha, courez-y des deux mains. Et prenez-en de la graine si vous êtes un écrivain démodé pour mémère à chachat (genre Michel Houellebecq).
En dépit des apparences, Branda et Samanthon se sont affreusement disputés toute la nuit à cause du second problème de la thermodynamique.
- Voilà où j'en suis à cause de toi, dit Brandon. Par ta faute, je ne suis pas allé surfer sur les vagues scintillant sous les ardeurs de l'astre du jour. Mon pectoral droit est un peu moins musclé que mon triceps gauche, c'est affreux.
- Et moi mon faux-ongle gauche est moins long que mon faux-cil droit ! s'écria Samantha. Comment vais-je pouvoir sortir au Macumba Night ce soir, Cynthia va encore dire à Jane que Spike est fou de...
- J'ai une idée ! Allons dans le jardin de mon oncle qui est plus grand que le chapeau de ma tante !
C'est ainsi que Samantha et Brandon élirent domicile dans un roman d'Agatha Christie.
Une nouvelle vie merveilleuse commença pour eux.
Ils s'emmerdaient toute la journée dans une somptueuse country house du Devon, servis par un majordome stylé, buvant le thé à cinq heures en discutant du déclin de l'Empire britannique ta mère...
C'était l'extase, au point qu'au bout de huits jours Samantha et Brandon était devenus encore plus groovy qu'avant (voir figure 2).
Le plus pénible était de voir la maison de leur oncle envahie de vieilles tantes à héritage, de colonels de retour des Indes, de gentlemen sans fortune, de ladies londoniennes snobs couvertes de caillasses très chères, et qui, non contents de faire chier leur monde en parlant constamment de la pluie et du mauvais temps, s'entr'assassinaient à coup de chandelier en argent ou avec de grosses louches d'arsenic dans le pudding.
La conséquence de ces assassinats était l'arrivée d'un gros flic à moustache entièrement vêtu de cuir, aux moeurs douteuses, s'appelant Hercule Poirot et qui décelait immanquablement le meutrier - après quoi le roman s'arrêtait et tout se figeait en attendant le prochain meurtre.
- Cessez de m'embêter avec cet Hercule(1) ! disait souvent Brandon à l'un des valets de chambre...
Samantha était plus patiente et s'entrenait fréquemment avec les colonels de retour des Indes, les convainquant que:
- Le vieux Job adorait ce petit vase hindou (2).
Mais comme les débats d'histoire de l'art ne passionnaient pas grand monde, elle décida un jour de partir bouder au fond du jardin. Or le gazon était tellement bien taillé, tellement lisse, tellement parfait qu'elle dérapa, fit une glissade qui l'entraîna tout en bas du parc. Elle tomba dans le lac et revint en fulminant au château, porteuse d'une grenouille sur la tempe droite. Arrivée dans le grand salon, elle extermina tout le monde à coup de M&M's.
Seule Elisabeth II, qui tricotait, échappa au massacre. Entendant un peu de bruit, elle se contenta de dire : "Cette Samantha est délicieusement excentrique, n'est-elle pas ? Elle me rappelle l'époque où je doublais Uma Thurman dans Kill Bill...", et croqua distraitement quelques M&Ms qui traînaient sur le tapis.
Pendant ce temps, Samantha et Brandon s'enfuyaient en courant sous une pluie battante. (à suivre)
(1) ... pas pu m'empêcher...
(2) ... alexandrin avec césure à l'hémistiche !
Comme vous avez tous lu le dernier épisode des aventures de S&B, je n'ai pas besoin de vous dire qu'ils ont quitté la maison de leur oncle (plus grande que son jardinet) sous une pluie de M&M's.
- Que faire maintenant ? demanda Samantha que la campagne anglaise n'enthousiasmait que moyennement, surtout la campagne de Tony Blair pour le dentifrice Ultra Brite.
- Allons à Toulouse ! répondit Brandon. J'ai toujours rêvé de cassoulet, d'A380, de brique rose et de claques sur les fesses avec les rugbeux sous la douche.
- Oh oui, allons-y ! Youplaboum !
Brandon demanda à tout hasard :
- Est-ce que ça te dérange si j'emporte Zita, ma langouste apprivoisée ?
- Tu m'as laissé garder mon grizzli de compagnie, je te dois bien ça, répondit Samantha. Tu te souviens comme ça a été dur de le cacher en haut du baldaquin quand nous étions chez ton oncle ?
- Mais non, ce n'était pas ton grizzli, c'était ton amant espagnol, gredine !
- Ah oui, où avais-je la tête ? Le grizzli n'a pas passé le contrôle des douanes à KualaLumpur.
Ils éclatèrent de rire, et dans cette complicité renouvelée recouvrèrent l'apparence qu'ils avaient en partant de Macumba Beach Club Resort (voir figures 2 et 3)
Je ne voudrais pas perturber les âmes sensibles, mais ce sont vraiment Brandon (à gauche) et Samantha (à droite). Pourquoi Samantha a-t-elle les sourcils teints en brun ? Pourquoi Brandon a-t-il l'air aussi intelligent ? Ces problèmes philosophiques restent ouverts, à ce jour.
Bref, Brandon put emporter sa langouste apprivoisée à Toulouse.
La vie à Toulouse commença par une recherche d'appartement. Grâce à un conseiller financier avisé qui leur expliqua que ça ne coûtait rien d'acheter un appart en loi Robien, ils en achetèrent plusieurs centaines, arguant du fait que des centaines de fois rien, ça ne fait toujours pas grand chose.
Bref, leur vie de rentier s'annonçait sous les auspices les plus plaisants qui soient lorsque Zita la langouste se mit à souffrir de troubles étranges. Alors qu'elle s'exprimait habituellement en russe médiéval et en français, elle se mit à parler en slavon et en belge. (à suivre...)
Résumé de l'épisode précédent : Zita la langouste ne parle plus qu'en belge et slavon au lieu de parler en français et en russe médiéval.
Pour les ignares ne parlant pas quarante-deux langues, il faut savoir que le belge est au français ce que le slavon est au russe médiéval, ou encore ce que bonnet blanc est à blanc bonnet.
Brandon et Samantha étaient très ennuyés mais résolurent de comprendre le trouble linguistique de Zita et d'y remédier.
Ils prirent des renseignements sur les tarifs pratiqués par les psychanalystes pour langouste. Ils comparèrent ce prix à l'achat d'un dictionnaire franco-belge et d'une méthode Assimil slavo-russo-médiévale.
Leur choix se porta évidemment sur la psychanalyse.
Brandon et Samantha emmenèrent bientôt la belle Zita chez le praticien le plus proche. C'était en pleine canicule, et le moins que l'on puisse dire, c'est que ça n'emballait pas Zita.
Le psychanalyste s'appelait Pierre H (vous pouvez le contacter directement en laissant un message sur son blog) et officiait dans un aquarium géant où Brandon et Samantha lachèrent Zita. Celle-ci alla s'installer sur un divan fait d'un confortable agglomérat d'oursins et de méduses. Pierre H, lui, était enfoncé dans une sieste confortable.
Pour passer le temps, Zita raconta son enfance de langouste et ses difficultés à constituer un moi véritablement personnel par rapport au 45793 autres oeufs que sa mère avait pondu. Toutes les cinq minutes, un aquamagnétophone demandait "Et qu'est-ce que vous ressentez à ce moment-là ?".
Au bout d'une demi-heure, un autre aquamagnétophone disait : "Très bien, nous nous arrêterons sur ce signifiant-là. Je vous rappelle que je suis freudo-lacanien, non mais, petite gredine. Ca fera soixante-quinze euros".
En sortant, Zita dit à Brandon et Samantha :
- Mais qu'est ce que c'est que ce con-là ? Vous n'avez rien d'autre à foutre que d'aller claquer du fric avec un charlatan de bas étage !
L'interprète qu'avaient embauché Brandon et Samantha traduisit aussitôt :
- Mais qu'est ce que c'est que ce con-là ? Vous n'avez rien d'autre à foutre que d'aller claquer du fric avec un charlatan de bas niveau d'une maison ou plus généralement d'une construction !
La situation devenait critique...
Ce we, je suis passé près d'une poissonnerie. C'était dans le quartier Daguerre, à Paris. Le mois de septembre était à son apogée, m'enserrant dans ses bras chaleureux et doux de mois de septembre voulant se faire pardonner le mois d'août.
Je venais de passer vingt-quatre heures en compagnie de la Beauté même, qui en plus d'être la Beauté, est également intelligente, musicienne et très sympathique. La Beauté était descendue du Ciel, je ne sais pas pourquoi, c'est comme ça. J'accepte de bonne grâce de telles situations quand il plaît au Très-Haut de m'éprouver.
Et bien que mon esprit fut encore polarisé par la Beauté, je vis tout d'un coup Zita sur l'étal de la poissonnerie. Elle me regardait de ses yeux malicieux de langouste quoique quelque chose en eux semblât moins éclatant qu'à l'accoutumée.
- Comment cela se fait-il, belle Zita, ô astre de mes jours, que tu languisses ici, abandonnée de tes chers maîtres ? lui dis-je sur l'air de l'acte III de la Traviata.
- J'ai mordu mon psychanalyste et j'ai mangé par erreur toute la collection de BD d'Edika de Brandon, me répondit-t-elle en modulant ses explications sur l'air de l'acte V de Lucia de Lamermoor.
- Quoi ???? (Là, j'avais repris ma voix normale, teintée cependant d'un peu de colère.) Tu as mangé 25 BD d'Edika ! Et en plus tu viens, par tes gémissements, troubler la quiétude voluptueuse de ce dimanche de septembre ? Fi, tu mérites le court-bouillon.
Jamais langouste ne quitta cette vallée de larmes dans un plus auguste court-bouillon que celui que je lui fis. (Âmes sensibles, ne pleurez pas, les langoustes n'ont pas de système nerveux central.) Le court-bouillon estoit à l'eau de mer, au chablis, parfumé d'un délicat bouquet de légumes liés par un fil de soie, parfumé aussi de safran, de clou de girofle et de tant d'autres épices que les décrire entièrement serait ressusciter par la magie du verbe la cargaison d'une goélette de retour des Indes.
Et la mayonnaise alla mieux à Zita que toutes les robes fourreau qu'elle avait portées par le passé lorsqu'elle chantait des airs de blues, mollement accoudée sur des pianos à queue et tenant dans sa septième patte un porte-cigarette en argent...
Commentaires