Dieu a sagement agi
en plaçant la naissance avant la mort ; sans cela, que saurait-on de la vie ?
La xylolangue de bois, c'est fini.
En tout cas, pour Brandon et Samantha. Un sondage les concernant a été effectué sur un échantillon représentatif de deux personnes rencontrées dans un restaurant pakistanais de la banlieue de San Paolo (Brésil). Vous ne devinerez jamais le résultat, accablant : leur taux de notoriété est nul. Sans parler des intentions de vote au premier, deuxième, troisième, quatrième, etc. tour de l'élection présidentielle française de 2007 : zéro.
- Il faut en finir avec la xylolangue de bois, dit Brandon. C'est une connerie de blogueur ou de communicant.
- Oui, parlons vrai, parlons juste ! s'exclama Samantha. Arrêtons de masquer la réalité et d'enfumer les électeurs par des discours aussi verbeux que dépourvus de sens. Parlons concrets, n'ayons pas peur du vrai langage des vrais gens.
Comme de juste, ils se trouvaient à France Inter, vers 8 h, prêts à être interviewés par Stéphane Paoli.
Stéphane Paoli : Chers Samantha et Brandon, votre meeting à Poule-les-Echarmeaux n'a pas eu le succès escomté. Comment-expliquez-vous cela ? Et où allez vous trouver les 499 signatures manquantes ?
Brandon : Dans ton c.. !
Samantha : Voilà du parler vrai, M. Paoli. Du parler de la France d'en bas.
SP : La France d'en bas apréciera. Bref, passons, mais remarquez que vos concurrents évitent ce genre de remarques, disons... rabelaisiennes.
Samantha : Mais on s'en fout. Sarko et Ségo, je nique leur race. Ce sont des vilains tout pas beaux.
Brandon : Ouais, Sarko, c'est un nain de jardin et il arrive même pas à garder sa femme à la maison.
Samantha : Arlette on dirait un vieux travelo sur le retour.
Brandon : Ségolène, elle pèse plus lourd en silicone qu'en neurone.
Samantha : Au fait chéri, Chirac, ils le conservent dans du formol ou sous vide ?
Brandon : De toute façon, les Français c'est tous des gros blaireaux.
SP : eh bien, vous ne mâchez pas vos mots... Il me semble pourtant qu'entre la langue de bois et ces assertions il y a un monde !
Brandon : Ouais, et ta mère elle joue au Scrabble en salopette avec le chat dans la machine à laver.
SP : Bien, nous allons passer à la météo...
Vous n'êtes pas sans ignorer de savoir que Brandon et Samantha se présentent à la prochaine élection présidentielle. Si vous ne savez pas qui sont Brandon et Samantha, ça n'a aucune importance car leur histoire n'a ni queue ni tête ; vous ne perdez donc rien en démarrant ici la lecture de leurs aventures aussi décousues que possible.
Pour bien commencer leur campagne, nos deux héros ont commencé par un grand meeting à la salle des fêtes de Poule-les-Echarmaux. Ben oui, une campagne, ça doit commencer à la campagne, morbleu.
Il y avait, dans la salle des fêtes, une dizaine de brocanteurs à la petite semaine qui achevaient de ranger leurs breloques après le vide-grenier de la veille ; parallèlement la maîtresse d'école commençait à installer des lampions pour la kermesse du lendemain.

La salle des fêtes
Un si bel auditoire enflamma l'imagination de Brandon (à qui manquaient toujours 499 signatures) pendant qu'en fond de scène Samantha dansait des sambas endiablées :
- "Françaises, Français, Echarmeaux-pouloises, Echarmeaux-poulois ! La volonté farouche de sortir notre pays de la crise conforte mon désir incontestable d'aller dans le sens d'un plan correspondant véritablement aux exigences légitimes de chacun. Et ce n'est certainement pas vous, mes chers compatriotes, qui me contredirez si je vous dis que le particularisme dû à notre histoire unique conforte mon désir incontestable yarglaaa d'aller dans le sens d'un programme plus humain, plus fraternel et plus juste. Je tiens à vous dire ici ma détermination sans faille pour clamer haut et fort que l'aspiration plus que légitime de chacun au progrès social doit nous amener au choix réellement impératif d'un projet porteur de véritables espoirs, notamment pour les plus démunis. J'ai depuis longtemps (ai-je besoin de vous le rappeler ?) défendu l'idée que la situation d'exclusion que certains d'entre vous connaissent interpelle le citoyen que je suis et nous oblige tous à aller de l'avant dans la voie d'un plan réellement pragmatique. Et c'est en toute conscience que zorglub je déclare avec conviction que la situation d'exclusion que certains d'entre vous connaissent entraîne une mission somme toute des plus exaltantes pour moi yoplaboum : l'élaboration d'une restructuration dans laquelle chacun pourra enfin retrouver sa dignité. Amen"
Sur ce, une acclamation parcourut l'assistance car on venait de retrouver, tout au fond de la salle des fêtes, un fût de Kronenbourg oublié lors du dernier bal des pompiers.
Et ainsi s'acheva triomphalement le premier meeting de Brandon et Samantha.
PS : Anti-sèche pour le discours.
PS : merci Vincent pour l'orthographe de Kronenbourg.
Quelques trucs et astuces de Brandon et Samantha pour bien parler la xylolangue...
1. Ne répondez jamais par oui ou par non. Dites simplement : "Mais je pense qu'il n'y aura personne pour nier que le contraire de l'opposé de ce que vous n'avez pas dit soit faux, dans une certaine mesure". Ainsi la plupart des gens entendront ce qu'ils auront envie d'entendre. D'autres (rares) feront l'effort d'additionner les + et mes - ; rassurez-vous, le temps nécessaire à l'opération vous laisse largement le temps de filer au Guatemala.
2. Ajoutez à tous les mots un synonyme latin, grec, anglo-saxon et/ou emprunté au vocabulaire technique. Ca fait très savant et les gens penseront que vous êtes un expert. Par exemple, si vous dites "C'est bien de parler aux plantes" vous passez pour un adepte attardé de Rica Zaraï. Si vous dites "Il est capital de verbaliser son percept ontologique aux phyto-plantes végétales moléculaires" tout le monde vous lèche les orteils et vous gagnez 12000 euros par mois.
3. Dramatisez tous les enjeux. Tout doit être très important, capital, un enjeu majeur ou encore une priorité absolue. De la sorte, plus rien ne sera important puisque tout le sera. Ainsi vous pourrez éluder les problèmes graves dont la résolution nécessite du travail au profit de projets faciles à mettre en oeuvre (légiférer sur les bacs à sable de jardins municipaux, inviter des personnes âgées à un arbre de Noël...)
4. Défendez une cause humanitaire vous conciliant toutes les minorités. En devenant par exemple la passionaria des "agriculteurs juifs palestiniens noirs gays élevant seuls leurs enfants" vous vous attacherez les voix d'un grand nombre de minorités, et puis avouez que ça ne vous coûtera pas cher. Posez dans Gala avec un représentant de votre cause (s'il en existe un), et le tour est joué.
Bref, la xylolangue est plus qu'une langue, c'est aussi un art de vivre...
Parlez-vous la xylolangue ?
Moi oui. Attention, ça n'a rien à voir avec la langue de bois ! En langue de bois, on dit droits humains pour droits de l'homme ; en xylolangue, on dit droits humanistes. Vous ne saisissez pas la nuance ? Attendez, ça va venir.
Si ce petit exemple ne vous a pas convaincu, voici un extrait d'une récente interview de Brandon et Samantha(1) dont le tandem est candidat à la prochaine élection présidentielle. Stéphane Paoli anime la discussion.
SP: Brandon et Samantha, vous venez de promettre de baisser les impôts et les taxes tout en augmentant les salaires et les prestations sociales. N'y a-t-il pas là une contradiction ?
Brandon : Mais pas du tout, Stéphane. Il s'agit seulement d'une contradictude. Nous n'allons pas baisser les impôts, quelle idée, nous allons les diminuer, attention, la nuance est là. Quand aux taxes, nous allons les réductionner - et non les baisser... Vous avez encore déformé mon propos, M. Paoli, c'est scandaleux, cette radio n'est plus un lieu de parler vrai, de parler juste.
Samantha : Tout à fait Brandon. Quant aux salaires, ils seront accrus. Il faut être précis sur mes mots utilisés.
SP : Dans tous les cas, comment allez-vous compenser l'augmentation des dépenses et la baisse des recettes ?
Samantha : Eh bien M. Paoli, c'est très simple. Nous allons convertir chaque euro français en un centime albanais. De la sorte, le déficit ne sera plus que de cent milliards de centimes albanais par an, soit un carambar et un mars, ce qui, avouons-le, est largement dans nos moyens.
SP : Je vois que vous professez des théories économique hardies... Vous avez aussi parlé de cohésion sociale...
Brandon : Oui, en effet, la cohésion sociale est au coeur de l'enjeu majeur des prorités de nos objectifs. Pour cela, il faut que chacun se sente accueilli...
Samantha : mais dans le respect de l'ordre et des forces de police !
Brandon : ... et que les jeunes soient traités sur un pied d'égalité...
Samantha : tout en recompensant les plus méritants.
Brandon : et en favorisant la mixité sociale
Samantha : mais sans forcer les gens à se mélanger, attention !
Brandon : Il faut baisser l'lSF...
Samantha : ...mais accroître l'effort de redistribution entre les plus hauts et les plus bas revenus.
Brandon : Nous allons aussi réduire les loyers versés par les locataires...
Samantha : ... tout en augmentant les loyers perçus par les propriétaires...
[...]
Alors, convaincus par la xylolangue ?
(1) toute l'histoire de Brandon et Samantha dans la section Macumba truc bidule de ce blog.
(Suite d'un précédent billet)
Zita avait-elle tout prévu ?
C'est par une cheminée construite avec La fugitive que Samantha parvint à s'échapper de sa prison. Car la pluie, oui mesdames et messieurs, la pluie avait réussi à infiltrer la maison de Zita, Brandon et Samantha - maison dont je rappelle aux impétrants qui n'apprennent pas mes billets par coeur pour se les réciter nuitamment que ses murs, ses tourelles et ses charpentes élancées ne sont faites que de tomes de la Recherche du Temps Perdu. Enfin, n'étaient faites car une pluie battante infiltrait page après page chacune des briques de la maison, laquelle commençait à ressembler davantage à un vase Art Nouveau qu'à la solide demeure victorienne initiale, et plus à une nouille en liquéfaction de Guimard qu'au château-bibliothèque conçu par Zita la langouste architecte.
- Et Brandon ! s'écria Samantha, éperdue, une fois qu'elle se fut extraite d'un amas de livres épanchés les uns sur les autres.
Alors, saisissant une pile de Jeunes filles en fleurs et son courage à deux mains, elle rentra dans la maison en train de s'effondrer. Guidée par son instinct, elle se dirigea Du côté des chez Swann et trouva... Alors là, mon âme pure et ma haute stature morale hésitent à vous le dire... Je n'ose pas. Bon allez, je me lance... Samantha trouva Brandon dans un boudoir entièrement tapissé d'exemplaires de, de... de Sodome et Gomorrhe, non mais vraiment, aujourd'hui, y a plus de valeurs, c'est fou, bref, et Brandon... aïe, aïe, aïe, promis je vais me confesser après : Brandon lisait l'intégrale de Tintin en mangeant des carambars. Ca y est, c'est dit, ouf.
- Brandon, astre de mes jours, que vois-je ??? demanda Samantha. Tu lis l'intégrale de Tintin dans l'édition de la Pléïade. Tu sais très bien que la préface de Simone de Beauvoir est beaucoup trop spinoziste et ne respecte pas du tout le côté heideggerien du texte. Tu me déçois. Néanmoins ma charité chrétienne développée à l'excès m'incite et m'invite à t'informer que la maison est en train de s'effondrer, et que si tu ne termines pas ta lecture dans les deux secondes nous allons tous périr étouffés, ce qui serait ballot car je n'ai pas encore goûté la canette en deux services de la Tour d'Argent et je serais au regret de passer de cette vallée de larmes à l'autre monde en étant passée à côté de délices aussi essentielles.
Sur ce, tout le monde s'échappa en courant car l'idée des canettes de la Tour avait mis la compagnie en appétit.
Dehors, le beau temps était à nouveau au rendez-vous. C'est ça, le Temps retrouvé, qu'il faut traduire par The weather retrouved et non pas Time Regained, comme ces intellos qui voudraient absolument qu'ils s'agisse du Temps avec un grand T majuscule, le Temps, le Transcendental, le Temps qui passe et autres bêtises. Non, c'est le temps qu'il fait, la météo, quoi.
Je m'apprêtais à faire part de cette analyse révolutionnaire du titre du tome VII à Zita, qui sortait à l'instant de son cours de cha-cha-cha. Mais le débat des dix-sept candidats du Parti Zoroastriste Béarnais aspirant à l'investiture de leur parti pour en représenter l'éclatante pensée aux prochaines élections allait commencer. Je n'eus donc guère le temps d'étaler sottement ma science ainsi que l'ai la fâcheuse habitude de le faire.
Et voilà, mon histoire est finie.
Si vous trouvez, comme moi, qu'il est dommage que la Recherche ne comporte que sept tomes, vous êtes fait pour lire Proust ; démissionnez de votre job, lisez-le sept jours sur sept et appelez-moi après, on se fera une bouffe. Sinon, que les flammes de l'enfer s'abattent sur votre iguane apprivoisé et que des visions horrifiques de Spinoza en short sur la plage en train de manger des pistaches hantent vos nuits, mécréants.
Le Blog de Pierre