Dieu a sagement agi
en plaçant la naissance avant la mort ; sans cela, que saurait-on de la vie ?
Que vis-je en faisant la queue ? Un écriteau où figurait le texte suivant :
Veuillez attendre ici qu'un guichet se libère.
Extase, miracle, joie, c'est encore Noël ! Veuillez attendre ici qu'un guichet se libère. Un alexandrin parfait, de surcroît en 2/2/2 3/3, comme je les aime, comme "Le gouffre a toujours soif, la clepsydre se vide*..." était donc né sous la plume d'un postier ou d'une postière. Veuillez attendre ici qu'un guichet se libère. Je commençai à léviter, extasié par le niveau de recrutement des administrations françaises, lorsque mon tour arriva.
La Poste s'étant fendu d'un effort poétique en ce début d'année, il me sembla inconvenant de m'adresser en prose à ses employé(e)s. Je posai ma pile de lettres sur le guichet et attaquai, en adoptant une posture théâtrale du genre Sarah Bernhardt dans l'Aiglon :
Las, il est loin, déjà, le temps des réveillons,
Ses huîtres, ses foies gras, et ses caviars osciètres !
Pour dûment affranchir cette pile de lettres
Je voudrais un carnet de timbres vermillons...
Vous m'excuserez ces vers un peu faciles, mais je vous défie de faire mieux, à brûle-pourpoint, avec à la main des paniers de légumes pour faire la soupe. J'aurais pu continuer assez longtemps si la postière ne m'avait arrêté. Or elle m'arrêta. Et elle ne m'interrompit pas en disant : "Ah, de grâce laissez, je suis fort chatouilleuse !" ou "Mon Dieu, que de ces vers la mesure est exquise !" mais (la transcription est phonétique) :
- Heing ? Quéssiveut, çui-là ?
Encore une fois la pluie triste de l'incompréhension venait dissoudre les élans de mon coeur. Je battis en retraite.
- Je voudrais un carnet de dix timbres, chère madame.
Elle me donna les timbres. Magnanime, je tendis un billet de 300 euros et partis sans réclamer la monnaie.
Voilà, 2008 commence mal. Personne ne me comprend. Bouhhhh. Bonne année quand même, et vive la Poste.
* Un cadeau surprise offert à la première personne qui trouve (sans passer par Google, évidemment) d'où sort ce vers.
A mes bobos préférés
Bobo : nom masculin. Deux significations :
A. Usage obsolète (Littré, 1854) : Un bobo est une petite blessure sans conséquence.
B. Usage récent (Robert, 1999) : Un bobo est une petite blessure sans conséquence infligée à la société de consommation, à la droite, à la beaufitude, etc. lesquelles semblent depuis dix ans survivre admirablement à l'existence des bobos ; ceux-ci consomment pourtant frénétiquement bio-équitable, votent obstinément à gauche ou au centre et vénèrent Télérama.
Les bobos ont avantageusement remplacé les catholiques dans la société moderne.
Les bobos peuvent se classer en plusieurs catégories.
Le bobo refoulé n'arrive pas à accepter avec bravitude sa boboïtude. Il est aussi peu crédible qu'Elton John se déclarant hétérosexuel fan de bière et de foot.
Le bobo assumé n'hésite pas à laisser son CD de Vincent Delerm en vue dans son salon, voire Télérama pour les plus militants.
Le bobo raté presente les inconvénients des bobos (s'habille commerce équitable, vote à gauche, lit Télérama, écoute Vincent Delerm) sans avoir l'agrément d'un compte en banque bien rempli.
Le bobo second degré s'habille avec des vêtements fabriqués en Chine par des enfants de moins de six ans, vote Sarkozy, lit l'Equipe, aime la bière et le foot pour se démarquer des espèces sus-citées.
Le bobo troisième degré s'habille commerce équitable vote à gauche, lit Télérama et écoute Vincent Delerm pour se démarquer du bobo second degré, tout en toisant les bobos premier degré.
Le bobo quatrième degré, etc.
Bref, il existe tellement d'espèces de bobos qu'il est très difficile de s'y retrouver, et parfois même de les différencier des simples sarkozystes voire des personnes du peuple.
La mode bobo emprunte des sentiers inattendus. Cette année il était très chic de voter Bayrou, l'an dernier de suivre la coupe du monde de foot sur fond de Bénabar.
2008 nous réserve sans doute des surprises étonnantes.
Le bobo n'éprouve aucune sentiment de schizophrénie à voter Besancenot puis à dépenser le PIB du Gabon pour acheter des places à l'Opéra Bastille (Aïda version Philippe Starck, éclairé au néon, avec des chanteurs habillés en junkie).
Le bobo entretient un rapport douloureux à l'argent. Une fois qu'il a acheté quatre monographies en édition limitée sur le design en Bulgarie dans les années 72-73, sept pulls en laine de chèvre cashmere (mais élevées par des légionnaires antilibéraux), payé son loyer (être proprio c'est tellement petit-bourgeois... ) il lui reste plein d'euros à la fin du mois. Alors il le place dans des sicavs "commerce équitable". Drame de fin d'année : les sicav rapportent un max (forcément, vu le smic en Malaisie, même estampillé équitable, c'est quand même plus rentable qu'en France). Re bénéfices. Que faire ? Le donner au PC ? A François Bayrou ? Dépenser cet argent ?
La vie est dure avec les bobos. Mais je ne voudrais pas attrister votre journée avec le tableau d'une détresse par trop poignante.
Arghhh... je viens d'apprendre qu'on en était déjà aux néo-bobos. Dommage, j'aimais bien les bobos... ;-)
Le parc des Expositions de Villepinte accueillait ces derniers jours une vaste exposition dédiée à la maison. Plus précisément, ce salon était destiné aux créateurs très haut-de-gamme en ameublement, vaisselle, linge de maison, etc. qui exposaient leurs produits pour que d'autres professionnels les achètent et les diffusent dans leurs boutiques non moins très haut-de-gamme.Pour meubler mon blog, j'avais trouvé bon de m'y rendre et une mienne cousine m'avait très opportunnément prêté son badge pour pénétrer dans ce temple du goût. Là tout n'était qu'ordre et beauté, luxe, calme et bourgeois ripolinés au bras de leur rutilante bourgeoise. J'étais, moi, vêtu de baskets, d'un jean un peu fatigué et d'une veste lavasse, noire à l'origine mais dont on n'arrive pas à démêler si elle est aujourd'hui verte ou marron ou violet foncé.
C'est dans cet équipage que je me mis à déambuler avec admiration parmi les stands.
Mais au bout d'un moment, la splendeur lasse. Les stands étaient tous tellement beaux que c'en devenait agaçant. Je déprimais à l'idée de rentrer dans mes 37 m² décorés chez IKEA et au BHV et où rentrent à peine le piano, le lit, l'armoire et la tourniquette à faire la vinaigrette.
Mon attention devint aussi difficile à conquérir que celle du galleriste le plus snob de Kensigton.
Je fus réveillé par la découverte d'une salle de bain entièrement en malachite : baignoire, psyché, vasques... et surtout (accessoire important dans une salle de bain, on se sait jamais de quoi la vie est faite) une imposante colonne corinthienne en malachite avec chapiteau doré à l'or fin. La baignoire, quant à elle, évoquait moins un objet servant à se décrasser quotidiennent qu'une cuve baptismale pour emperereur byzantin de la grande époque. Bizarrement quand j'entrai dans ce stand - dont la dite salle de bains en malachite occupait au moins 80 m² - les sales agent levèrent un peu la tête, me regardèrent avec mépris et se replongèrent dans leurs comptes. Comment avaient-ils devinés que je n'étais pas l'oligarque russe qui achèterait cette salle de bain à 350 000 euros ? Hein, comment avaient-ils devinés, heu ? Je ne sais pas. Si vous avez une idée, ne la gardez pas égoïstement pour vous.
Le dernier stand qui me sortit de cette torpeur où plonge la continuelle perfection vendait des niches d'intérieur pour caniche frisotté ou siamois obèse nourri exclusivement au caviar osciètre. Bien sûr, la notice des niches ne précisaient pas qu'elles étaient destinées à de tels caniches ou à des félins soumis à une aussi effroyable diète, mais le design parlait de lui même. On pouvait choisir entre la niche pagode - petite alcôve tarabiscotée peinte façon chinoiseries XVIIIe - et la niche Marie-Antoinette - lit miniature surmonté d'un baldaquin tendu des soies les plus chatoyantes. Un pays où l'on vend des lits Marie-Antoinette pour les chats au même prix que les 100 tentes du canal Saint Martin est un pays qui peut avoir confiance en l'avenir. La jeune fille préposée à ce stand fut plus avenante que les vendeurs de salles de bain en malachite. Elle vint discuter avec moi. Avec assez d'à-propos, elle devina que je n'étais pas un pépère à chien-chien ni une mémère à chat-chat. Aussi me glissa-t-elle de son air le plus commercial :- Mais vous savez, même si vous n'avez pas d'animal vous pouvez en acheter pour décorer votre intérieur. C'est très joli dans un salon, une petite niche à chats en style Marie-Antoinette.
Comme disait mon maître Philippe Meyer, nous vivons une époque moderne.
- Pierre, veux-tu participer au concours interne "Coupe du Monde de Rugby" ? Il suffit de donner 5 euros et de remplir les cases de ce fichier Excel, là, là, et là, et surtout là pour tes pronostics sur les matchs de poule, me demanda un de mes collègues qui ignore l'existence en France de quotidiens autres que l'Equipe.
- C'est quoi le rugby ? C'est quoi une poule ? répondis-je (Je ne lis que la Critique de la Raison Pure de Kant et Gala.)
- Une poule, c'est la femelle d'un coq.
- Dois-je en conclure que les matchs de poule sont des sortes de combat de coqs ?
- ...
M'étant renseigné ici et là, j'ai appris que les rugbymen n'étaient pas seulement des mannequins posant pour le calendrier Dieux du Stade.
Je ne sais pas si ça vous le fait, mais moi oui : j'en ai marre qu'on parle tout le temps de Diana. En ce moment il n'y en a que pour elle. Honnêtement, si j'avais été une ravissante jeune fille de l'aristocratie britannique et que j'eusse épousé un Jumbo frigide et janséniste me trompant avec un trente-huit tonnes, j'en aurais fait autant. Je le dis sans ambages : être Diana est à la portée de tout le monde. Inratable, un peu comme cette recette tellement basique de contrefilets de caille demi-deuil en suprême de truffe et foie gras dans leur sarcophage de pâte feuilletée sauce Vatel (le tout est d'avoir les ingrédients). Bref, marre de Diana.Car les éloges de Diana se doublent d'un oubli relatif, insidieusement méprisant, de ma copine Elisabeth II. Vous n'ignorez pas que nous sommes très proches (voir ici et là). On ne le dit pas assez mais Elisabeth II adorait Diana. Elle lui faisait plein de blagues comme disposer des peaux de banane dans ses escaliers ou verser de l'arsenic dans son thé (mais pas beaucoup, juste assez pour qu'elle ait un petit malaise rigolo).
Son mari, le duc d'Edimbourg est injustement traité, lui aussi. Il ne faisait rien qu'à s'occuper de près de ses valets de pied pendant toutes ces histoires; on aurait tort de lui en vouloir au sujet des déboires de Diana.
On ne parle plus du tout de Mme Thatcher, aimable philanthrope sous le règne de laquelle les épousailles avaient eu lieu.Fait-on davantage cas de l'archevêque de Canterbury, un hilarant spécialiste de la trinité chez les Pères de l'Eglise, qui maria Charles et Diana ?
J'espère que vous partagez ma révolte, et je crois qu'il n'est pas exagéré de citer Ségolène Royal pour dire qu'il y a des colères saines, des colères justes.
A part ça j'ai passé un très bon week-end et je suis allé visiter le parc de Courances. C'est vraiment extraordinaire, en particulier le jardin anglais-japonais et le jardin d'eau. J'en étais tout apaisé et heureux, et pendant quelques heures je n'ai plus pensé du tout à l'archevêque de Canterbury.
Le Blog de Pierre