Comment déposer un manuscrit chez un grand éditeur

Publié le par pierre

Hier j'ai pris une journée de RTT pour aller déposer un manuscrit chez Germaine Ledru. Le manuscrit s'appelle modestement :

Expectoration de Zeus avant la pluie
prolégomènes, enjeux et perspectives

Je sais qu'un titre aussi bien sonnant devrait immanquablement faire accourir les plus trébuchantes espèces dans mon porte-monnaie, mais, Dieu sait pourquoi, j'ai jugé prudent de ne pas démissionner ce matin en reprenant le travail.

C'était dans un bel immeuble d'un beau quartier de la Rive Gauche. Un peu teintée, la transparence de la haute porte d'entrée reflétait le ciel serein de septembre et les nuages qui avançaient, avançaient lentement dans le ciel comme si de rien n'était, indifférents à mon angoisse, alors que j'allais franchir pour la première et sans doute dernière fois le seuil de cette immémoriale maison d'édition.

Ca devait être somato-psychologique, mais je n'arrivais pas à ouvrir la porte. Une hôtesse d'accueil dut venir m'aider, m'expliquant qu'il suffisait de forcer sur la poignée pour entrer. Et pour être publié, c'est pareil ? m'abstins-je de demander. Hôtesse d'accueil est un terme impropre, et qui fait trop penser aux standardistes des boîtes classiques. L'ouvreuse de porte - appelons-la Capucine - était une jeune fille très chic, avec une pointe de décontraction littéraire dosée avec art. Une jeune fille qui venait des bons quartiers et y vivait probablement, et y vit probablement toujours puisque c'était hier que je me rendis chez Germaine Ledru et je ne vois pas pourquoi Capucine aurait été subitement expulsée de son sept pièces du boulevard Saint-Germain pour un studio à Clichy-sous-Bois.

Mais je m'égare, victime de mon imagination qu'alimentent les enivrantes vapeurs de tilleul et de verveine exhalées par ma tisane vespérale. Car loin de m'informer précisément sur sa vie, son chat et ses habitudes, mon dialogue avec Capucine se réduisit à ceci :

- C'est pourtant simple d'ouvrir cette porte. Il suffit d'appuyer sur la poignée et de pousser.

- Excusez-moi, Mademoiselle. Je viens porter ce manuscrit à Germaine Ledru. J'imagine qu'il est impossible de la rencontrer...

- Vous imaginez très bien. Donnez, je lui remettrai en main propres. Au revoir.

- Au revoir.

Je ne suis pas complètement idiot. J'avais prévu le coup. Avant que de quitter ce lieu saint, je sortis un chéquier et remplis un chèque à l'ordre du boucher auquel j'étais redevable de douze euros et soixante sept centimes. Je signai ce chèque, sans d'ailleurs le détacher du chéquier que je remis vitement dans ma sacoche.

Voilà, je peux dire sans mentir que j'ai signé chez un grand éditeur de la Rive Gauche.

Pour fêter ça, je suis allé manger des pâtisseries alsaciennes dans un palace tenu par un ami marchand de tapis volants et Apollon à ses heures perdues.

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Oltomir 04/08/2013 00:51


Ne pas désespérer devant le refus obstiné d'un manuscrit par les éditeurs : cet auteur a été édité (à compte d'éditeur) après 160 refus !


 


http://refusdediteurs.webs.com/liste_des_editeurs.html

Cerise 02/10/2006 19:38

merci pour  ce bon conseil!
on va tous aller signer chez Germaine

marie pierre 02/10/2006 09:10

parfois, j'avoue, j'oublie la chance que j'ai d'être éditée. Parce que finalement ça ne change rien en vous et autour de vous...Et s'il n'est pas indispensable d'être édité pour vivre, c'est indispensable quand on écrit. C'est comme ça.Pierre, tu en as très bien parlé chez Dolce...

Max 30/09/2006 15:29

Je vais rebaptiser mon manuscrit "Les rillettes du mot" Ca fera plus raffiné... (et plus art contemporain)

roxane 29/09/2006 21:50

Bon, sinon est-ce qu'on peut vivre sans être édité ?Parce que bon...

pierre 29/09/2006 21:59

oui, assez bien depuis 28 ans. Vraisemblablement, il va me falloir tenir encore un moment !