Dieu a sagement agi en plaçant la naissance avant la mort ; sans cela, que saurait-on de la vie ?

Alphonse Allais

Vous ne pouvez pas toucher à mon cerveau, c'est mon deuxième organe préféré !
Woody Allen

 

Mercredi 2 janvier 2008
2008 - année que je vous souhaite aussi bonne que possible - avait à peine commencé que je m'élançai déjà dans la course aux voeux. Ce matin j'avais déjà rédigé une belle pile de cartes que j'emballai ensuite dans autant de petites enveloppes assorties. Lors je me rendis à la Poste du petit village où j'ai passé les fêtes, tenant dans une main un panier de choux et de carottes et dans l'autre un cabas rempli de patates et de navets. Mes lettres étaient dans les poches de ma veste.
Que vis-je en faisant la queue ? Un écriteau où figurait le texte suivant :


        Veuillez attendre ici qu'un guichet se libère.


Extase, miracle, joie, c'est encore Noël ! Veuillez attendre ici qu'un guichet se libère. Un alexandrin parfait, de surcroît en 2/2/2 3/3, comme je les aime, comme "Le gouffre a toujours soif, la clepsydre se vide*..." était donc né sous la plume d'un postier ou d'une postière. Veuillez attendre ici qu'un guichet se libère. Je commençai à léviter, extasié par le niveau de recrutement des administrations françaises, lorsque mon tour arriva.
La Poste s'étant fendu d'un effort poétique en ce début d'année, il me sembla inconvenant de m'adresser en prose à ses employé(e)s. Je posai ma pile de lettres sur le guichet et attaquai, en adoptant une posture théâtrale du genre Sarah Bernhardt dans l'Aiglon :
       
        Las, il est loin, déjà, le temps des réveillons,
        Ses huîtres, ses foies gras, et ses caviars osciètres !
        Pour dûment affranchir cette pile de lettres
        Je voudrais un carnet de timbres vermillons...

Vous m'excuserez ces vers un peu faciles, mais je vous défie de faire mieux, à brûle-pourpoint, avec à la main des paniers de légumes pour faire la soupe. J'aurais pu continuer assez longtemps si la postière ne m'avait arrêté. Or elle m'arrêta. Et elle ne m'interrompit pas en disant : "Ah, de grâce laissez, je suis fort chatouilleuse !" ou "Mon Dieu, que de ces vers la mesure est exquise !" mais (la transcription est phonétique) :
- Heing ? Quéssiveut, çui-là ?
Encore une fois la pluie triste de l'incompréhension venait dissoudre les élans de mon coeur. Je battis en retraite.
- Je voudrais un carnet de dix timbres, chère madame.
Elle me donna les timbres. Magnanime, je tendis un billet de 300 euros et partis sans réclamer la monnaie.

Voilà, 2008 commence mal. Personne ne me comprend. Bouhhhh. Bonne année quand même, et vive la Poste.


* Un cadeau surprise offert à la première personne qui trouve (sans passer par Google, évidemment) d'où sort ce vers.

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