Dieu a sagement agi
en plaçant la naissance avant la mort ; sans cela, que saurait-on de la vie ?
L'an dernier je n'avais pas été très sage à la messe de minuit. Cette année je me suis racheté une conduite en m'installant avec ma famille sur un banc tout au fond de l'église.
C'était la messe de minuit de 19h30, destinée aux familles avec des jeunes enfants, ce qui n'empêche pas des tas de gens de s'y rendre même sans jeunes enfants, pour des raisons bassement
matérielles d'huîtres à gober et de cadeaux à ouvrir.
La messe des enfants présente toujours des aménagements un peu particuliers. Certes, l'Evangile de Noël y est toujours conservé. En revanche, au lieu des lectures de l'Ancien
Testament, du psaume et d'une probable lettre de Saint Paul Apôtre, nous avons eu droit cette année à un petit conte. Celui-ci nous détaillait l'histoire - ça ne s'invente pas
- de Zéphyr le Petit Mouton.
Zéphyr est un petit mouton qui
aime à gambader dans les vertes prairies avec ses amis moutons. (Tout ça est mimé par les enfants du catéchisme déguisés en moutons.) Zéphyr voit un vol de charmants papillons
argentés et les suit. (A cet instant d'autres enfants promènent des papillons en papier d'alu dans l'église.) Puis Zéphyr voit des fleurs chatoyantes. Puis de jolis arbres.
C'est exquis, n'est-ce pas ? Après diverses péripéties aussi palpitantes que celles-là, Zéphyr le Petit Mouton voit... voit... allez devinez, c'est facile. Il voit une
tortue Ninja ? Un troupeau de Pokémon ? Harry Potter ? Que nenni ! Il voit... Il voit une grande lumière, et une crèche et - alors là, il fallait y penser - il voit le petit Jésus, entre le
boeuf et l'âne. Comme Zéphyr est en possession d'un doctorat de théologie du séminaire pontifical de Rome (du moins est-ce ce que j'ai déduit, vu la sagacité de sa réaction) il comprend
instantanément qu'un Sauveur nous est né. Puis il s'agenouille au milieu des anges, des boeufs, des ânes, des fleurs et des papillons. A son image, nous sommes invités à nous
abimer dans la pure contemplation de ces mystères sacrés.
Du côté musical, mon petit village n'a pas les moyens de se payer J.S. Bach à l'orgue. L'organiste titulaire est un vieux monsieur qui a l'art de transformer n'importe quelle partition en
paraphrase sauvage du Sacre du Printemps. La dame animant les chants a une vision identique de l'interprétation d'un cantique. Chante-t-elle faux ? Ce serait manquer à la charité
que de l'affirmer. Son vibrato explore un ambitus assez large pour inclure la note juste - certes entourée d'un halo impressionniste de sons évoquant, avec un réalisme rare, la
chouette hulotte en période d'accouplement.
Je rassure mes lecteurs communistes, athées ou zoroastristes : coiffée de pareilles couronnes d'épines musicales, il y a peu de chance que la religion devienne l'opium du peuple du
XXIe siècle. Quand à Zéphyr le Petit Mouton, il révèle clairement les connections secrètes existant entre Jésus et le marché mondial du LSD.
Joyeux Noël quand même !
Le Blog de Pierre