L'existence précède l'essence sans plomb

Publié le par Pierre H

Tous les matins vous vous levez en vous demandant si (et à votre insu) ce ne serait pas par orgueil que vous  rangez l'amour  dans la catégorie des actes dont la responsabilité par rapport à l'existence dépend de leur justification en regard du rapport au monde, dans une approche solipsiste de l'essence de la vie humaine qui n'exclut pas l'intersubjectivité comme mode de représentation, si ce n'est comme transcendantal kantien ?

Probablement non.

Et tant mieux, car la nouvelle mise en scène de Morts sans sépulture, de Jean-Paul Sartre, condense au maximum l'action dramatique de cette pièce et se libère avec brio de ce tropisme didactique qui est l'écueil du théâtre sartrien. Décor réduit, éclairages au scalpel, acteurs vibrants, mise en scène efficace : le message passe instantannément, viscéralement. L'oeuvre est servie au mieux par une troupe d'amateurs qui mériteraient largement une place au off d'Avignon.

Au cas malheureux où vous ne sauriez pas de quoi parle Morts sans sépulture, en voici un bref résumé. Imaginez une pièce de Feydeau, drôle à souhait. Enlevez ensuite tous les ressorts comiques, les cocottes, les valets indiscrets, les amants dans le placard, les maris trompés, les quiproquos et enfin le décor bourgeois. A ce stade, et si vous avez respecté ma recette, il ne reste normalement que la scène vide éclairée au néon, et les acteurs. Transposez l'action dans les bureaux de la milice, dans le Vercors, pendant la dernière guerre. Cinq résistants et leur chef. Parler, ou pas : telle est la question. Chacun répond à sa manière, avec son corps, avec ses convictions, avec ses doutes et surtout : comme il peut. Cinq hommes et une femme, Lucie, poignante.

Plusieurs idées sont excellentes. Par exemple faire jouer le rôle de François, l'adolescent, par une jeune femme. La fragilité de l'adolescent en est exaltée, magnifiée. Le cri strident de François, qui ouvre la pièce, strie le silence comme un éclair déchirerait un ciel de plomb. Les scènes de torture sont rendues avec une puissance époustoufflante, par le seul effet de la parole et de l'éclairage, car les bourreaux sont toujours absents. Ils ne sont que des voix, des bruits, et cette polka lointaine, tragique par sa frivolité hors de propos.

On ressort bouleversé par cette heure de théâtre pur. 


C'est au Théâtre Pixel, dans le 18ème.
samedi 15 décembre, 21h
dimanche 16 décembre, 17h30
vendredi 21 décembre, 21h
samedi 22 décembre, 21h
Informations et réservations sur : http://eclair.cie.free.fr/
 

Publié dans Spiritualité

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STV. 18/12/2007 16:18

Tous les matins je me lève en me demandant si (et à mon insu) ce ne serait pas par orgueil que je range l'amour dans la catégorie des actes dont la responsabilité par rapport à l'existence dépend de leur justification en regard du rapport au monde, dans une approche solipsiste de l'essence de la vie humaine qui n'exclut pas l'intersubjectivité comme mode de représentation, si ce n'est comme transcendantal kantien. Enfin, pas exactement, mais je connais des gens qui...

Jiji 17/12/2007 11:00

Pierre, quand tu m'as dit avoir écrit un compte-rendu de la pièce, je ne m'attendais pas à une critique si complète. Dommage que je n'ai pas pu assister à la pièce. Mais bon, je suis sûr que le metteur en scène saura me faire découvrir sa pièce autrement. A mardi!

Martin-Lothar 15/12/2007 21:23

La beauté n'est ni à droite ni au centre ni à gauche ; elle tourne sans cesse poursuivie par la Vérité. L'adolescent d'aujourd'hui n'a pas de sexe et ne crie pas : Il (elle) casse.

ninouch 15/12/2007 11:47

Merci cher ami de ce texte digne des plus grands critiques (des journaux de gauche ou non). Tu as oublié une chose : la flamboyance de ces costumes, que même le Royal de Luxe nous envie...;-)Merci encore en tout cas !