Tombeau de la variété française

Publié le par Pierre H

Je voudrais vous parler d'un livre absolument jouissif sur la variété française. Ce pamphlet-roman de Laurent Laurent s'appelle Tombeau de la variété française et vient de paraître aux éditions Philippe Rey.

Bien sûr la variété française n'est pas enterrée comme ça, d'un coup ! Elle subit d'abord une longue et drôlatique dissection in vivo. De Johnny Halliday à Vincent Delerm en passant par Dalida, tout y passe... C'est à hurler de bonheur. Et tout ça est enlevé dans un style flamboyant, ce qui ne gache rien.

Un premier extrait :

cfrancois9.jpgAlexandrie Alexandra est sans nul doute une des chansons les plus stupides de tous les temps. Le titre : on envisagera, de même, Martini, Martina (en Suisse), Capri Capra (chèvre ?) et Paris Para (en référence à l'OAS et ses parachutistes, attendus au tournant dans la capitale en 1961 par Michel Debré). Enfin Rosny Rona, de Rosny-sous-Bois - je pense que Rona doit être un prénom féminin en Ontario - autant de concepts qui devraient bientôt convaincre les labels.

Chaque élément d'Alexandrie Alexandra semble procéder d'un projet d'ensemble savant, organisé par une équipe qui rassemble les meilleurs pour ce genre d'abêtissement. C'est un bijou qu'il convient de saluer avec précision. [...] Il n'est pas possible de citer quelque parole particulièrement plus imbécile que les autres. C'est un travail cohérent d'Etienne Roda-Gil, l'anarchiste catalan, et très compact à ce niveau. "Ah ahhhhh !" ou "Rahaaa ah" (selon les versions). [...] Une évidence éclate tout à coup dans le firmament. Alexandrie Alexandra se trouve très bien équilibré dans l'éloignement à toute qualité.

Et le reste est à l'avenant... constant dans la qualité et l'hilaritude.

Vincent Delerm, lui, n'a qu'à bien se tenir :

Concernant Vincent Delerm, peut-on chanter en ayant des renvois ? C'est ce qu'il nous démontre, grâce à un défaut de manducation qui engendre un effet de chandelles ascendantes (portamento) sur chaque note. Nous n'en sommes plus aux simples mâchouillements parisiens des syllabes que Jacques Higelin avait mis à la mode [...] Chez Vincent Delerm, nous avons un simple problème psychomoteur du maxilaire inférieur, un post-adolesent bouche molle. Voilà pour l'interprétation.

Il faut aussi une idée de paroles pour faire une chanson. Je l'avoue, Vincent Delerm arrive à bien nous décrire son monde. Mais c'est son monde, le problème. La vampirisation de toutes les valeurs bien-pensantes. Rien ne semble venir de l'auteur mais du ce-qu'il faut en penser dans sa catégorie socio-culturelle. Tout nous tombe sur les genoux.

Le seul apport original est l'effet "saut du lit", qui imprime à la coiffure la trace durable de l'oreiller avec la barbe naissante. Tout est là. Un concept majeur qui a bouleversé le monde de l'art de 2000 à 2005. [...]

Avec Vincent Delerm, nous nous retrouvons toujours un peu dans le bocage, un brin goguenard : peut-on chanter les bananes des étals des primeurs ? "Elles étaient là et, wouah, j'en ai mangé une, en 1973, je crooois."

J'ai des crampes aux abdos en recopiant cela (ça tombe bien, ils en ont besoin !).

Le roman se termine délicieusement par un "supplément" tragicomique se passant dans le restaurant "La Belle France", quatorzième au classement "Sympa'toques" en Basse-Savoie.

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nom 24/09/2011 16:59



Méfiez vous, on peut lire entre vos lignes:


Frustré.



STV. 28/10/2007 12:11

On en revient toujours aux abdos, au final.

lewis 27/10/2007 10:08

Pierre, ton oncle croyait que tu ne lisais que "Les Caractères" de La Bruyère, ou en période de coupe du monde, "les Essais" de Montaigne (Michel de). Ton oncle est déçu.

Martin Lothar 26/10/2007 21:28

Moi aussi, je boue et je crains le pire ! Il est capable de tout ce type-là. Ces nuls de la french variety ne méritent quand même pas ça.... (finalement, si !)

Arsene 24/10/2007 20:03

Ce que j'aime chez vous cher Pierre, c'est le teasing élevé au rang d'Art majeur ! Je boue d'impatience !!!!