Aimer et comprendre les bobos

Publié le par Pierre H

 
A mes bobos préférés

Bobo
: nom masculin. Deux significations :

A. Usage obsolète (Littré, 1854) : Un bobo est une petite blessure sans conséquence.
B. Usage récent (Robert, 1999) : Un bobo est une petite blessure sans conséquence infligée à la société de consommation, à la droite, à la beaufitude, etc. lesquelles semblent depuis dix ans survivre admirablement à l'existence des bobos ; ceux-ci consomment pourtant frénétiquement bio-équitable, votent obstinément à gauche ou au centre et vénèrent Télérama.

Les bobos ont avantageusement remplacé les catholiques dans la société moderne.


Les bobos peuvent se classer en plusieurs catégories.
Le bobo refoulé n'arrive pas à accepter avec bravitude sa boboïtude. Il est aussi peu crédible qu'Elton John se déclarant hétérosexuel fan de bière et de foot.
Le bobo assumé n'hésite pas à laisser son CD de Vincent Delerm en vue dans son salon, voire Télérama pour les plus militants.
Le bobo raté presente les inconvénients des bobos (s'habille commerce équitable, vote à gauche, lit Télérama, écoute Vincent Delerm) sans avoir l'agrément d'un compte en banque bien rempli.
Le bobo second degré s'habille avec des vêtements fabriqués en Chine par des enfants de moins de six ans, vote Sarkozy, lit l'Equipe, aime la bière et le foot pour se démarquer des espèces sus-citées.
Le bobo troisième degré s'habille commerce équitable vote à gauche, lit Télérama et écoute Vincent Delerm pour se démarquer du bobo second degré, tout en toisant les bobos premier degré.
Le bobo quatrième degré, etc.

Bref, il existe tellement d'espèces de bobos qu'il est très difficile de s'y retrouver, et parfois même de les différencier des simples sarkozystes voire des personnes du peuple.

La mode bobo emprunte des sentiers inattendus. Cette année il était très chic de voter Bayrou, l'an dernier de suivre la coupe du monde de foot sur fond de Bénabar.
2008 nous réserve sans doute des surprises étonnantes.

Le bobo n'éprouve aucune sentiment de schizophrénie à voter Besancenot puis à dépenser le PIB du Gabon pour acheter des places à l'Opéra Bastille (Aïda version Philippe Starck, éclairé au néon, avec des chanteurs habillés en junkie).

Le bobo entretient un rapport douloureux à l'argent. Une fois qu'il a acheté quatre monographies en édition limitée sur le design en Bulgarie dans les années 72-73, sept pulls en laine de chèvre cashmere (mais élevées par des légionnaires antilibéraux), payé son loyer (être proprio c'est tellement petit-bourgeois... ) il lui reste plein d'euros à la fin du mois. Alors il le place dans des sicavs "commerce équitable". Drame de fin d'année : les sicav rapportent un max (forcément, vu le smic en Malaisie, même estampillé équitable, c'est quand même plus rentable qu'en France). Re bénéfices. Que faire ? Le donner au PC ? A François Bayrou ? Dépenser cet argent ?
La vie est dure avec les bobos. Mais je ne voudrais pas attrister votre journée avec le tableau d'une détresse par trop poignante.

Arghhh... je viens d'apprendre qu'on en était déjà aux néo-bobos. Dommage, j'aimais bien les bobos... ;-)



Publié dans Bonnes manières

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STV. 16/10/2007 09:21

Monsieur, c'est la première fois que je vous lis, mais ce blog a l'air très bien (cette note, par exemple, semble très documentée). Je reviendrais sans doute.

pierre 13/10/2007 12:14

Ninouch : oui, ô grand Ninouch, en effet j'ai emprunté une de tes fameuses expressions ; je te laisse choisir le mode de dédomagement. Par ailleurs j'ai pris volontairement Vincent Delerm et Télérama comme exemple : tout se ringardise tellement vite qu'il m'a semblé plus explicite de choisir des exemples déjà largement dépassés.Le Loup : merci !Marie-Pierre : mais moi aussi j'adore Télérama ! Attention Tele-Z sera peut-être à la mode pendant 3 semaines au 1er trimestre 2008.

marie pierre 13/10/2007 09:52

ai caché, le rouge au front, mon télérama et me suis abonnée à télé Z.....

Martin Lothar 12/10/2007 22:08

Non seulement ça évolue très vite, mais en plus elles se reproduisent ces bestioles-là... (Cette note est à mourir de rire !)

ninouch 11/10/2007 16:51

Tu cites une phrase assortie d'une propriété intellectuelle, j'en suis fort déçu. D'autant plus que l'on ne peut malheureusement comparer Aïda, même version Philippe Starck, à Ariane et Barbe Bleue, surtout lorsque la mise en scène de ce dernier opéra plonge les spéctateurs dans l'horreur au souvenir de leur premier spectacle scolaire, lorsqu'ils jouaient la grosse fraise ou la bosse du dromadaire.Cela dit, j'ai toujours trouvé Vincent Delerm ringuard... car oui, mon cher ami, tu as oublié que la principale caractéristique du bobo était de rejetter violamment les modes qu'il a contribué à créer dès qu'un trop grand nombre de personnes se les approprient.