Dieu a sagement agi en plaçant la naissance avant la mort ; sans cela, que saurait-on de la vie ?

Alphonse Allais

Vous ne pouvez pas toucher à mon cerveau, c'est mon deuxième organe préféré !
Woody Allen

 

Vendredi 11 août 2006

Résumé de l'épisode précédent : évitez l'acide sulfurique entre les repas.

Il faut parfois savoir prendre ses distances avec les règles classiques de savoir-être ; en voilà une deuxième preuve.

Je décidai hier de me rendre du PMU au Café du Commerce, tous deux situés sur la place centrale du petit village pyrénéen où je suis en villégiature.

Je le dis parce que c'est nécessaire, pas pour me vanter : je suis un être animé de convictions écologiques fortes. Aussi, plutôt que de prendre ma voiture pour aller d'un bar à l'autre - ils n'étaient distants que de quelques dizaines de mètres - prendre les transports en commun me sembla un devoir moral. Je hélai un bus, escaladai le marchepied, demandai un tiquet valable une heure et incluant un changement de ligne de métro.

- Ca fera cinq cent heuros, dit le chauffeur de bus.

Je tombai des nues : tout le monde sait qu'on dit cinq cents-z-euros et non pas cinq cent heuros. Il me faut préciser que depuis l'arrivée de l'euro, une sourde colère a fermenté dans mon esprit, alimentée par des "dizui heuros" par-ci et des "deu heuros cinquante" par-là, etc. La remarque du chauffeur de bus mit le feu aux poudres.

- Monsieur, qu'il me soit permis de mettre le doigt sur une légère entorse que vous fîtes à l'instant subir à la langue française : il me semble que les gens de goût - au rang desquels je me flatte de penser que vous êtes - disent cinq-cents-z-euros et non pas cinq cent heuros.

Lors le chauffeur de bus virevolta sept fois dans les airs au-dessus de son siège puis me fixa durant de longues minutes, d'un regard de jai, noir et profond comme un nuage orageux prêt au sacrifice.

Or au moment où il me fixait, sa femme passait sur la place avec son harem. Outre quelques vieilles duègnes, celui-ci était composé pour moitié de chippendales musclés et huilés et pour moitié de gogo-dancers en caleçon Calvin Klein, en rang deux par deux. Au moment où cette étonnante théorie eut fini de traverser la place, le chauffeur de bus relachâ l'étreinte visuelle dont j'étais l'objet et dit d'une voix ferme :

- Monsieur, vous m'avez courroucé. La prochaine fois veuillez dire les choses avec plus de délicatesse, ce n'est pas parce que je suis chauffeur de bus qu'il faut me parler comme à un membre de la famille royale britannique.

meuble de style Chippendale

Par esprit de conciliation, je me résignai à lui donner un billet de cinq cent heuros et montai dans le bus. Le trajet fut court ; je descendis au bout de trois secondes et deux centièmes car le temps de poinçonner le ticket, nous étions déjà devant le Café du Commerce où plusieurs diabolos grenadine m'aidèrent à écluser mon chagrin.

Voilà, si je n'avais pas eu le courage de tancer le chauffeur de bus, il ne se serait pas mis en colère. S'il ne s'était pas mis en colère, ses yeux baguenaudants auraient découvert les frasques de son épouse. Et un couple uni, exemplaire et aimant aurait bêtement fait naufrage.

Voilà pourquoi, messieurs dames, il faut parfois avoir le courage de l'impolitesse.

Mais que vient faire le petit Calvin Klein là-dedans ? Suite au prochain épisode.

Jeudi 10 août 2006

Résumé de l'épisode précédent : tu es comme le vent qui fait danser les étoiles dans les dunes.

Une fois n'est pas coutume, je vais laisser de côté les trépanantes aventures de Brandon et Samantha.

Et parler de ma vraie vie réelle à moi, Pierre H.

Je mangeais l'autre jour avec Elisabeth II au R*tz place Ven*ôme à Par*s. (Je mets des étoiles par souci de discrétion pour le petit troquet où nous avons nos habitudes.)

La conversation roula d'abord sur des sujets d'ordre général comme le second principe de la thermodynamique et la jurisprudence en droit constitutionnel européen sous la Monarchie de Juillet. Ensuite Lili - car je ne l'appelle pas autrement - m'enseigna différentes façons de fabriquer des ersatz de coke avec du sucre glace et de la farine de boulanger, et même avec de la farine de sarrazin.

- Evidemment, ça ne fait aucun effet, précisa-t-elle avec sagacité, mais l'essentiel est d'avoir l'air de s'amuser, n'est-ce pas ?

Je constatai une fois de plus à quel point les monarchies héréditaires sont prodigues en esprits supérieurs à la moyenne.

Au moment où l'on apportait le potage, elle me demanda à quel endroit j'habitais en ce moment. On l'imagine aisément, je n'avais guère envie d'avouer que je venais d'abandonner les splendeurs de Barbès-Rochechouart pour un gourbi de deux pièces dans la zone, à Saint-Cloud. Adoncques Lili voulait savoir où habitais-je.

En guise de réponse je lui dis, sur un ton martial mais fort distingué :

- Dans ton c** !

A ces mots, son dentier (en porcelaine Wedgwood véritable) lui tomba des mâchoires et vint choir dans son assiette de potage où il se dissolvit instantanément.

Ainsi, on s'aperçut qu'au lieu de potage on nous avait servi à chacun trois louches d'acide sulfurique pur. Grâce à ma réponse rude mais que Lili avait bien méritée, vous en conviendrez avec moi, fut déjoué un lâche attentat contre nos deux personnes.

Si j'avais répondu "J'habite à Saint-Cloud, chère Madame", vous imaginez l'ensemble des cataclysmes qui se fussent produits... Rien que d'y penser j'ai des frissons dans l'orteil gauche.

Voilà pourquoi il ne faut pas toujours être poli.

En revanche, au milieu de centraliens se collant une grosse biture, j'aime à lancer des sujets brûlants comme la difficulté à recruter des domestiques stylés, ou les différentes marques de produits pour briquer l'argenterie.

Cette histoire est-elle vraie ? Vous le saurez peut-être en lisant le prochain épisode.

Mercredi 9 août 2006

Résumé de l'épisode précédent : ce blog est n'importe naouak.

Le soleil descendait lentement sur la ligne d'horizon, et chacun à Macumba Beach Club Resort se demandait, de l'azur du ciel ou de l'outremer profond de l'océan,  qui buvait l'or déversé par l'astre du jour.

Un orchestre de bossa-nova lançait dans l'air du soir sa musique volupteuse. Les accords de neuvième du piano s'élevaient comme des bulles irisées qui faisaient s'incliner les sens vers la volupté, et l'âme vers les étoiles naissantes.

- Tu sais, Samantha, dit Brandon en tournant légèrement la tête pour que son profil se détache sur le sable des dunes, je veux te dire quelque chose. Je n'ai pas osé jusqu'à maintenant, car j'avais peur du regard de Brenda depuis que Ken lui avait dit qu'elle avait rompu avec Katy. Et puis, tu sais bien que mes rélations avec Kevin ne sont pas simples depuis ce qui s'est passé avec Lara...

- Oui, Brandon, je sais que c'est difficile, mais je sais aussi que tu es courageux, qu'il y a en toi une force, et une fragilité aussi... Mais ta fragilité n'est-elle pas une force ?

- Oui, je crois...

Après avoir dit cela, Brandon jeta vers l'horizon un regard mélancolique.

"C'est vrai qu'il est vraiment beau dans sa vulnérabilité", pensa Samantha, "et qu'est ce qu'il a de gros pectoraux..."

Elle se mit à sourire légèrement. Un souffle de vent souleva un pan de sa tunique, dévoilant son corps de rêve. Les cocotiers se balançaient doucement dans la brise ; le dernier rayon du soleil se réfléchit sur une planche de surfeur et vint faire scintiller la dentition parfaitement blanche de Samantha, qui dit alors :

- Tu sais Brandon, il y a des choses que je peux entendre... Ce n'est pas parce que Lavinia a dit à Kent que Flo ne l'aimait plus que tu dois croire que Lee n'éprouve plus rien pour Kenza, bien au contraire.

- Tu me rassures... Vois-tu, Samantha, je me sens vraiment en confiance avec toi. Je sens que je peux parler. C'est fou, c'est comme si un grand vent de liberté traverserait mon coeur et le ferait renaître pur et vierge.

- C'est beau ce que tu dis, Brandon.

Brandon respira longuement ; il fixa Samantha ; le bleu de ses yeux devenait profond comme la mer.

- Voilà, ça y est, je peux te le dire. Je ne crois pas au second principe de la thermodynamique, et ces dialogues sont à chier, on dirait que c'est Pierre H qui les a écrits.

- Oh, Brandon, mais que vont penser Gloria et Stefen ? Et Priscilla, ne va-t-elle pas vouloir s'infiltrer dans la relation entre Angelina et Joe ?

(vous le saurez peut-être au prochain épisode) 

Mardi 8 août 2006

Cher lecteur,

La rédaction du 139e tome de ma grande encyclopédie "Thierry Scmitt existe, je l'ai rencontré" m'ayant quelque peu fatigué, j'ai résolu de consacrer un peu de temps à la rédaction d'un blog.

Contrairement à trop de blogs, où les auteurs s'abandonnent veulement au plaisir narcissique de parler de soi à toutes les sauces, ce journal parlera beaucoup de Pierre H.

Autre différence majeure : les articles de ce blog seront sans aucun rapport entre eux. On pourra attaquer la lecture à n'importe quel endroit sans que la compréhension de l'ensemble en soit affectée. De toutes façons les personnages  (Pierre H, Samantha et Brandon, Elisabeth II, le chauffeur de bus,...) n'auront  jamais plus d'épaisseur psychologique qu'une feuille de papier à cigarette extra-light

En revanche, la psychologie des personnages (Pierre H, Samantha et Brandon, Elisabeth II, le chauffeur de bus,...) sera longuement enrichie, affinée, développée au fur et à mesure que ce blog prendra de l'ampleur. De fait, il faudra avoir lu soigneusement  l'ensemble des épisodes précédents pour comprendre où un article veut en venir.

Dernier point de repère pour le lecteur débutant : en vertu d'une méthode de classification mise au point durant ma thèse, les articles sont rangés en trois catégories archétypales :

  • - articles racontant les aventures de Samantha et Brandon
  • - articles ayant trait aux bonnes manières et au savoir-vivre
  • - articles ne parlant pas de Pierre H

Bien entendu, la plupart des articles appartiendront à plusieurs catégories en même temps, ou à aucune.

Truc et Astuce : pour que ce blog change réellement votre vie, faites vous lire le dernier article chaque matin au réveil par un de vos domestiques ;-)

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